beizeiten · Guides

Régler sa succession numérique : comptes, mots de passe et photos en Suisse

Mis à jour le 20 juillet 2026

Votre succession numérique comprend vos comptes e-mail, vos profils sur les réseaux sociaux, vos photos dans le cloud, vos abonnements, vos noms de domaine et vos avoirs en cryptomonnaies. Juridiquement, tout cela passe à vos héritiers. En pratique, les proches échouent pourtant souvent face aux mots de passe, aux verrouillages à deux facteurs et aux conditions des fournisseurs. Vous pouvez régler tout cela en trois étapes : établir un inventaire de tous vos comptes, décider pour chaque compte de ce qu'il doit en advenir, et déposer vos accès en lieu sûr. À cela s'ajoutent les outils de prévoyance de Google, Apple et Facebook, que vous avez tout intérêt à activer dès aujourd'hui.

Ce qui fait partie de la succession numérique

La succession numérique englobe bien plus que ce que la plupart des gens imaginent. Qui vit en ligne en Suisse accumule vite des dizaines de comptes. Les principales catégories :

Situation juridique en Suisse : hériter oui, accéder difficilement

La Suisse ne connaît pas de loi spécifique sur la succession numérique. C'est le droit successoral général du CC qui s'applique : au décès, vos droits et obligations passent dans leur ensemble à vos héritiers. Les juristes parlent de succession universelle.

En pratique, l'accès reste pourtant difficile. Vous devez distinguer trois cas :

La conséquence : ne vous fiez pas à la situation juridique. Ce qui compte, c'est ce que vous préparez de votre vivant.

Les outils de prévoyance des grands fournisseurs

Les grandes plateformes proposent leurs propres fonctions pour le cas de décès. Elles sont gratuites, configurées en quelques minutes et agissent directement chez le fournisseur. Activez-les en premier.

FournisseurFonctionCe que vous définissez
GoogleGestionnaire de compte inactifAprès trois à 18 mois d'inactivité, Google informe jusqu'à dix personnes de confiance. Vous déterminez quelles données elles reçoivent, par exemple Gmail ou Google Photos. Sinon, le compte est supprimé automatiquement.
AppleContact légataireVous désignez une personne de confiance dans les réglages de votre identifiant Apple. Elle reçoit une clé d'accès et pourra plus tard demander l'accès sur digital-legacy.apple.com avec la clé et l'acte de décès.
FacebookContact légataire et compte de commémorationVous choisissez si votre profil sera transformé en compte de commémoration après votre décès ou supprimé. Un contact légataire peut gérer la page de commémoration.

La plupart des autres services n'offrent pas d'outil de ce genre. Là, seul ce que vous documentez vous-même fait la différence.

Pas à pas : comment régler votre succession numérique

Étape 1 : établir l'inventaire

Dressez une liste de tous vos comptes. Trois sources vous y aident : les applications de votre smartphone, le gestionnaire de mots de passe de votre navigateur et votre boîte e-mail. Cherchez-y des termes comme « bienvenue », « facture » ou « abonnement ».

Notez pour chaque compte le service, le nom d'utilisateur et l'usage du compte. Pour l'e-banking, l'indication de la banque suffit : les héritiers y obtiennent l'accès avec le certificat d'héritier, ils n'ont pas besoin de vos identifiants. Si vous préférez une démarche guidée : l'interview de beizeiten comporte pour cela la rubrique « Vie numérique » et passe systématiquement en revue les principaux comptes et appareils.

Étape 2 : décider compte par compte

Déterminez pour chaque compte ce qu'il doit en advenir. Il existe le plus souvent quatre possibilités :

  1. Supprimer : le cas normal pour la plupart des comptes et abonnements.
  2. Compte de commémoration : sur Facebook ou Instagram, le profil peut subsister comme page de souvenir.
  3. Transférer : important pour les noms de domaine, les sites web ou une boutique en ligne. Désignez qui les reprend, sinon ils expirent tout simplement.
  4. Sauvegarder, puis supprimer : pour les photos dans le cloud, désignez d'abord une personne qui téléchargera les images.

Consignez ces souhaits par écrit. Vous pouvez rédiger une telle disposition séparément et y renvoyer dans votre testament. Pour des dispositions successorales contraignantes, il vous faut un spécialiste, par exemple un notaire. Aucun outil en ligne ne remplace ce conseil.

Étape 3 : déposer les accès en lieu sûr

Le meilleur plan ne sert à rien si personne n'accède aux comptes. Deux accès sont décisifs : votre compte e-mail principal et le code PIN de votre smartphone. Avec eux, la plupart des autres services peuvent être réinitialisés.

Déposez ces accès de manière à ce qu'une personne de confiance les trouve en cas d'urgence, mais personne d'autre. Deux solutions ont fait leurs preuves : un gestionnaire de mots de passe avec accès d'urgence ou une liste chiffrée sur un support de données dans un coffre-fort ou un coffre bancaire. Le guide Déposer ses mots de passe pour les cas d'urgence vous montre comment procéder concrètement.

Pourquoi les listes de mots de passe n'ont pas leur place dans le cloud

Un tableau Excel dans Dropbox ou un document Google avec tous vos mots de passe, c'est tentant, mais c'est une mauvaise idée. Trois raisons :

Une liste tenue localement est plus sûre. C'est pourquoi beizeiten fonctionne en local-first : vos entrées restent dans la mémoire du navigateur de votre appareil, aucun serveur ne les voit. Comme sauvegarde, vous disposez d'un export chiffré (AES-256-GCM) sous forme de fichier, que vous pouvez déposer sur une clé USB dans un coffre. Avec le dossier imprimé, vos proches savent alors ce qui existe et où cela se trouve.

Tenir à jour et relier au reste de votre prévoyance

Une succession numérique n'est jamais terminée. De nouveaux comptes s'ajoutent, des mots de passe changent. Prévoyez donc un rendez-vous fixe par année pour vérifier votre inventaire et contrôler les outils des fournisseurs.

Et n'oubliez pas : la succession numérique n'est qu'une partie de votre prévoyance. Tout ce que les proches doivent encore régler après un décès, de l'annonce à la commune jusqu'au certificat d'héritier, se trouve dans la check-list en cas de décès pour la Suisse.

En bref

Que devient mon compte e-mail si je ne règle rien ?

Beaucoup de fournisseurs suppriment automatiquement les comptes après une longue inactivité, parfois avec tous les e-mails et toutes les photos. Sans préparation, les héritiers n'obtiennent souvent aucun accès, car les fournisseurs invoquent la protection des données et leurs conditions contractuelles. Sont alors aussi perdus les factures, les contrats et les e-mails de récupération qui passent par cette adresse.

Comment transmettre des cryptomonnaies en toute sécurité ?

Sans clés privées ni phrase de récupération (seed phrase), l'avoir est définitivement perdu. Conservez la phrase de récupération hors ligne, par exemple sur papier ou sur une plaque de métal dans un coffre, et notez où elle se trouve et comment fonctionne le portefeuille. Pour les avoirs déposés sur une plateforme d'échange, les héritiers peuvent s'adresser directement au fournisseur avec le certificat d'héritier.

Puis-je encore régler la succession numérique d'une personne décédée ?

Oui, mais avec davantage d'efforts. Google, Apple et Meta ont des procédures de demande pour les proches, la plupart du temps avec acte de décès et preuve de la légitimité. Sans outils activés au préalable, les fournisseurs décident au cas par cas, et cela peut prendre des semaines, voire des mois. Une liste complète des comptes de la personne décédée facilite énormément le travail.

Les e-books, films et musiques achetés font-ils aussi partie de la succession ?

Le plus souvent de manière limitée seulement. Sur beaucoup de plateformes, vous n'achetez pas des fichiers, mais une licence d'utilisation personnelle, qui prend souvent fin au décès. Les copies stockées localement sans protection contre la copie passent en revanche aux héritiers avec l'appareil. Pour les grandes collections de médias, vérifiez les conditions du fournisseur concerné.