Régler sa succession numérique : comptes, mots de passe et photos en Suisse
Votre succession numérique comprend vos comptes e-mail, vos profils sur les réseaux sociaux, vos photos dans le cloud, vos abonnements, vos noms de domaine et vos avoirs en cryptomonnaies. Juridiquement, tout cela passe à vos héritiers. En pratique, les proches échouent pourtant souvent face aux mots de passe, aux verrouillages à deux facteurs et aux conditions des fournisseurs. Vous pouvez régler tout cela en trois étapes : établir un inventaire de tous vos comptes, décider pour chaque compte de ce qu'il doit en advenir, et déposer vos accès en lieu sûr. À cela s'ajoutent les outils de prévoyance de Google, Apple et Facebook, que vous avez tout intérêt à activer dès aujourd'hui.
Ce qui fait partie de la succession numérique
La succession numérique englobe bien plus que ce que la plupart des gens imaginent. Qui vit en ligne en Suisse accumule vite des dizaines de comptes. Les principales catégories :
- Comptes e-mail : le centre de commande. Votre adresse principale sert à réinitialiser les mots de passe de presque tous les autres services.
- Réseaux sociaux : Facebook, Instagram, LinkedIn, WhatsApp et autres profils.
- Stockage cloud et photos : Google Photos, iCloud, Dropbox. C'est souvent là que se trouvent les seules copies des photos de famille.
- Abonnements et contrats : streaming, logiciels, journaux. Ils continuent de courir après le décès, jusqu'à ce que quelqu'un les résilie.
- Noms de domaine et sites web : votre propre domaine, un blog, une boutique en ligne.
- Avoirs en cryptomonnaies : bitcoin et autres monnaies. Sans les clés privées, ils sont irrémédiablement perdus.
- Services de paiement et e-banking : Twint, PayPal, accès aux banques et aux courtiers.
Situation juridique en Suisse : hériter oui, accéder difficilement
La Suisse ne connaît pas de loi spécifique sur la succession numérique. C'est le droit successoral général du CC qui s'applique : au décès, vos droits et obligations passent dans leur ensemble à vos héritiers. Les juristes parlent de succession universelle.
En pratique, l'accès reste pourtant difficile. Vous devez distinguer trois cas :
- Les données stockées localement sur l'ordinateur portable, le téléphone ou le disque dur font partie de la succession avec l'appareil. Sans code PIN ni mot de passe, cela ne sert toutefois pas à grand-chose aux héritiers.
- Les comptes en ligne sont soumis aux conditions contractuelles des fournisseurs, souvent régies par un droit étranger. Beaucoup de fournisseurs refusent l'accès aux héritiers en invoquant la protection des données ou exigent des justificatifs fastidieux.
- Les valeurs patrimoniales numériques comme les avoirs bancaires ou les cryptomonnaies font clairement partie de la succession. Pour les cryptomonnaies, la règle reste toutefois : sans clés, pas d'accès, même avec un certificat d'héritier.
La conséquence : ne vous fiez pas à la situation juridique. Ce qui compte, c'est ce que vous préparez de votre vivant.
Les outils de prévoyance des grands fournisseurs
Les grandes plateformes proposent leurs propres fonctions pour le cas de décès. Elles sont gratuites, configurées en quelques minutes et agissent directement chez le fournisseur. Activez-les en premier.
| Fournisseur | Fonction | Ce que vous définissez |
|---|---|---|
| Gestionnaire de compte inactif | Après trois à 18 mois d'inactivité, Google informe jusqu'à dix personnes de confiance. Vous déterminez quelles données elles reçoivent, par exemple Gmail ou Google Photos. Sinon, le compte est supprimé automatiquement. | |
| Apple | Contact légataire | Vous désignez une personne de confiance dans les réglages de votre identifiant Apple. Elle reçoit une clé d'accès et pourra plus tard demander l'accès sur digital-legacy.apple.com avec la clé et l'acte de décès. |
| Contact légataire et compte de commémoration | Vous choisissez si votre profil sera transformé en compte de commémoration après votre décès ou supprimé. Un contact légataire peut gérer la page de commémoration. |
La plupart des autres services n'offrent pas d'outil de ce genre. Là, seul ce que vous documentez vous-même fait la différence.
Pas à pas : comment régler votre succession numérique
Étape 1 : établir l'inventaire
Dressez une liste de tous vos comptes. Trois sources vous y aident : les applications de votre smartphone, le gestionnaire de mots de passe de votre navigateur et votre boîte e-mail. Cherchez-y des termes comme « bienvenue », « facture » ou « abonnement ».
Notez pour chaque compte le service, le nom d'utilisateur et l'usage du compte. Pour l'e-banking, l'indication de la banque suffit : les héritiers y obtiennent l'accès avec le certificat d'héritier, ils n'ont pas besoin de vos identifiants. Si vous préférez une démarche guidée : l'interview de beizeiten comporte pour cela la rubrique « Vie numérique » et passe systématiquement en revue les principaux comptes et appareils.
Étape 2 : décider compte par compte
Déterminez pour chaque compte ce qu'il doit en advenir. Il existe le plus souvent quatre possibilités :
- Supprimer : le cas normal pour la plupart des comptes et abonnements.
- Compte de commémoration : sur Facebook ou Instagram, le profil peut subsister comme page de souvenir.
- Transférer : important pour les noms de domaine, les sites web ou une boutique en ligne. Désignez qui les reprend, sinon ils expirent tout simplement.
- Sauvegarder, puis supprimer : pour les photos dans le cloud, désignez d'abord une personne qui téléchargera les images.
Consignez ces souhaits par écrit. Vous pouvez rédiger une telle disposition séparément et y renvoyer dans votre testament. Pour des dispositions successorales contraignantes, il vous faut un spécialiste, par exemple un notaire. Aucun outil en ligne ne remplace ce conseil.
Étape 3 : déposer les accès en lieu sûr
Le meilleur plan ne sert à rien si personne n'accède aux comptes. Deux accès sont décisifs : votre compte e-mail principal et le code PIN de votre smartphone. Avec eux, la plupart des autres services peuvent être réinitialisés.
Déposez ces accès de manière à ce qu'une personne de confiance les trouve en cas d'urgence, mais personne d'autre. Deux solutions ont fait leurs preuves : un gestionnaire de mots de passe avec accès d'urgence ou une liste chiffrée sur un support de données dans un coffre-fort ou un coffre bancaire. Le guide Déposer ses mots de passe pour les cas d'urgence vous montre comment procéder concrètement.
Pourquoi les listes de mots de passe n'ont pas leur place dans le cloud
Un tableau Excel dans Dropbox ou un document Google avec tous vos mots de passe, c'est tentant, mais c'est une mauvaise idée. Trois raisons :
- Les documents non chiffrés dans le cloud sont une cible de choix pour les attaquants. Un seul compte piraté ouvre tous les autres.
- Vous cédez le contrôle de données hautement sensibles à un fournisseur dont vous ne fixez pas les conditions.
- En cas de décès, la liste se trouve précisément dans un compte qui est bloqué. Au moment décisif, personne n'y accède.
Une liste tenue localement est plus sûre. C'est pourquoi beizeiten fonctionne en local-first : vos entrées restent dans la mémoire du navigateur de votre appareil, aucun serveur ne les voit. Comme sauvegarde, vous disposez d'un export chiffré (AES-256-GCM) sous forme de fichier, que vous pouvez déposer sur une clé USB dans un coffre. Avec le dossier imprimé, vos proches savent alors ce qui existe et où cela se trouve.
Tenir à jour et relier au reste de votre prévoyance
Une succession numérique n'est jamais terminée. De nouveaux comptes s'ajoutent, des mots de passe changent. Prévoyez donc un rendez-vous fixe par année pour vérifier votre inventaire et contrôler les outils des fournisseurs.
Et n'oubliez pas : la succession numérique n'est qu'une partie de votre prévoyance. Tout ce que les proches doivent encore régler après un décès, de l'annonce à la commune jusqu'au certificat d'héritier, se trouve dans la check-list en cas de décès pour la Suisse.
En bref
Que devient mon compte e-mail si je ne règle rien ?
Beaucoup de fournisseurs suppriment automatiquement les comptes après une longue inactivité, parfois avec tous les e-mails et toutes les photos. Sans préparation, les héritiers n'obtiennent souvent aucun accès, car les fournisseurs invoquent la protection des données et leurs conditions contractuelles. Sont alors aussi perdus les factures, les contrats et les e-mails de récupération qui passent par cette adresse.
Comment transmettre des cryptomonnaies en toute sécurité ?
Sans clés privées ni phrase de récupération (seed phrase), l'avoir est définitivement perdu. Conservez la phrase de récupération hors ligne, par exemple sur papier ou sur une plaque de métal dans un coffre, et notez où elle se trouve et comment fonctionne le portefeuille. Pour les avoirs déposés sur une plateforme d'échange, les héritiers peuvent s'adresser directement au fournisseur avec le certificat d'héritier.
Puis-je encore régler la succession numérique d'une personne décédée ?
Oui, mais avec davantage d'efforts. Google, Apple et Meta ont des procédures de demande pour les proches, la plupart du temps avec acte de décès et preuve de la légitimité. Sans outils activés au préalable, les fournisseurs décident au cas par cas, et cela peut prendre des semaines, voire des mois. Une liste complète des comptes de la personne décédée facilite énormément le travail.
Les e-books, films et musiques achetés font-ils aussi partie de la succession ?
Le plus souvent de manière limitée seulement. Sur beaucoup de plateformes, vous n'achetez pas des fichiers, mais une licence d'utilisation personnelle, qui prend souvent fin au décès. Les copies stockées localement sans protection contre la copie passent en revanche aux héritiers avec l'appareil. Pour les grandes collections de médias, vérifiez les conditions du fournisseur concerné.